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adjoint au Maire de Bergerac
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Conseiler Communautaire de Bergerac Pourpre
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Vice-Président d'Urbaty Habitat
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Président du groupe des élus socialistes et apparentés
Comme je vous l’indiquais, à l’occasion du billet de rentrée du blog-notes, j’avais envie de partager avec vous un agréable ressenti suite à une visite d’exposition, cet été. Les plus chanceux auront encore jusqu’au 14 janvier 2013 pour se rendre à Lille afin de profiter de cette belle manifestation temporaire. En effet, la capitale française des Flandres propose au Palais des Beaux Arts une exposition passionnante sur le mythe de Babel. En cette période où l’intolérance est exacerbée, où bien souvent l’inculture est responsable de bien des incompréhensions, il m’a semblé utile de partager avec vous ces quelques sentiments d’un touriste occasionnel.
Aux sources de l’exposition. Consacrer une exposition temporaire au mythe de Babel nous amène nécessairement à revenir aux fondements de cet épisode de la Genèse où le chantier de la Tour se fait synonyme de sanction divine. Pour autant, et sans vouloir se livrer à une exégèse de comptoir ou de blog, la confusion des langues comme la dispersion des peuples peuvent être appréhendées comme une richesse et une invitation à surmonter les différences. Vous l’aurez compris, à l’heure de la mondialisation, cette exposition sur Babel permet à de nombreux artistes contemporains de revisiter le mythe pour nous livrer une interprétation des grandes évolutions géopolitiques et environnementales du monde contemporain.
Le système technicien.Babel est naturellement évoquée sous l’angle de ses origines pour mieux exploiter une parabole sur la vanité humaine et questionner les domaines où, aujourd’hui, se manifestent les volontés de puissance. Comment la ville fondée par les descendants de Noé est-elle devenue l’expression quasi prométhéenne du fantasme des capacités sans limites du progrès humain ? C’est une humanité qui finit par en oublier ses propres fondements pour se laisser enfermer dans le monde de la technique. L’expression artistique des œuvres exposées traduit avec force la peur de Jacques Ellul de nous voir nous enfermer dans le système technicien. S’agit-il de ce point de non retour où, pour Martin Heidegger, il n’est plus possible de dé-techniciser ? Serait-ce l’ensemble des forces naturelles qui sont assujetties à l’effort de production où à l’enrichissement du capitalisme mondial ?
Informatique et Buildings.Babel questionne la construction des cathédrales, la course aux immeubles toujours plus grands, … De la grande Ziggurat de Babylone, construite par Nabuchodonosor II, dont l’escalier devait conduire au ciel, aux Tours Petronas de Malaisie, l’exposition propose une confrontation saisissante des périodes historiques. Laissant dernière nous le temps des cathédrales de pierre, est-ce déjà le signe de la prophétie Nietzschéenne de la mort de Dieu prêtée à Zarathoustra ? L’exposition oublie le projet de mosquée géante à Istanbul… Elle laisse la place à un capitalisme triomphant, à une mondialisation informatique où la promesse internétique de la suppression des frontières se soumet aux froids et lucratifs objets informatiques de plastique.
Le fantasme de la destruction. Il n’en demeure pas moins que la destruction de la tour reste le produit de l’imaginaire collectif. La Bible se contente de la confusion des langues et de la dispersion des peuples. En multipliant les langues, Dieu voulait-il diviser les hommes pour annihiler chez eux toute ambition démesurée ? Pour ce collectif d’artistes exposé à Lille, Babel reste une référence pour interpréter les mutations du monde contemporain. Leurs productions sont les reflets de nos propres doutes sur l’évolution de notre monde. L’espoir demeure dans l’échange culturel, où la technique reste un instrument et non plus une fin. Reste cette inquiétude du terrorisme international et des catastrophes écologiques, comme un nouveau témoignage de la création artistique dans une post-modernité dont Ulrich Beck avait annoncé l’avènement d’une société du risque perdue dans une fuite en avant de modernisation réflexive. No future ? Babel nous invite à reconstruire notre humanité et à nous jouer de nos différences.
Babel,
Une exposition temporaire au Palais des Beaux arts de Lille
Du 8 juin 2012 au 14 janvier 2013.
Illustration Photographie :
Jakob GAUTEL - Allemagne Karlsruhe, 1965, La Tour (Tour de Babel)2006-2012, Collection de l'artiste