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Ariane Lumen
tableaux au Rocksane à Bergerac (24100)
du 1er avril au 30 juin 2015
Ariane Lumen par Maryse Laroque
Il est superflu de vouloir écrire la biographie d’Ariane Lumen car ses œuvres racontent tous les épisodes de sa vie dans le détail. Sa vie se décline en quelques mots « phare » : dessiner, peindre, résister, montrer, se montrer, toujours se renouveler ! Elle a l’art et la bannière. Soyez sûr, si vous lui plaisez, qu’elle vous ralliera aisément à son étendard qui se hisse en haut de son château. Ce n’est pas un château de pierre, ni un château de sable, mais sa coquette maison-atelier située à St Georges de Monclard, devant laquelle se trouve le fameux tonneau rempli du petit lait des filles de Bacchus. Le précieux liquide s’est tari, nous allons voir pourquoi, il reste néanmoins le symbole d’Ariane.
Elle a exploité les filles de Bacchus comme le chercheur d’or exploite sa mine, jusqu’à la dernière pépite. Elles lui ont valu un succès international. On en parle encore à Séoul, à l’Ile de la Réunion ou à Prague. Il faut préciser que son œuvre dégage un certain érotisme qui donne des idées avant-gardistes aux non-puritains, les idées des puritains n’ont aucun intérêt. Son art est expressément moderne, il est fait pour la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) lorsque l’illustre panorama de l’art parisien remplacera le vide grenier ou le marché des artisans du village.
Ariane ne manque jamais d’inspiration. Elle marque son temps et veut poser l’étoile d’araignée dans le firmament des toiles de maîtres. Curieusement, elle a trempé son pinceau dans les couleurs assez tardivement, alors même que ses parents étaient peintres. Elle raconte qu'elle ne voulait pas risquer de les offenser avec une production moins bonne que la leur. Elle s’était persuadée qu’elle ne pourrait jamais mieux faire qu’eux et se lance dans des études d’œnologie. Des années plus tard, lorsqu’elle rompra le cordon ombilical, un bouquet de subtilités émergera des abysses de son imagination. On comprend pourquoi le raisin restera longtemps la source de son inspiration. Elle a déjà réalisé plus de 600 tableaux, tous plus appréciés les uns que les autres. On notera qu’ils sont appréciés des voleurs également, certains lui ont été dérobés, sans doute pour prendre place dans la galerie secrète d’un collectionneur malhonnête admiratif de son talent.
L’œuvre d’Ariane n’est pas un long fleuve tranquille, au contraire. Elle est particulièrement marquée aujourd’hui par un changement significatif de technique sur le plan de la conception, tant au niveau du rendu que des couleurs : la sobriété remplace l’exubérance. Les filles de Bacchus, légères et dénuées, ont vécu leur vie périgourdine pour laisser place aux ectoplasmes. Mais qu’est-ce qui a bien pu la convaincre d’abandonner ce créneau pourtant très en vogue ? Ariane est rebelle et libre, c’est tout à son honneur, mais parfois, la fille de Bacchus ajoute un peu d’eau dans son vin. Un beau matin à l’approche des fêtes de la fin d’année dernière, elle décide de peindre des coquelicots, pensant que ces fleurs plairaient aux ménagères de la région, mais elle déteste le figuratif, y compris les communes fleurettes de nos campagnes. Se battre contre elle-même fut un combat perdu d’avance. Sa main droite dessinait le joli pavot et sa main gauche…vade retro satanas… ébauchait son premier ectoplasme. Sa rage prenait la forme d’une entité visqueuse et maléfique qui commençait à faire des ravages sur les toiles vierges. Le premier coquelicot fut piétiné, profané, écartelé, exclu. Personne n’aura le moindre regret car c’est de sa crucifixion que sont nés les superbes tableaux de la série des ectoplasmes qu’elle exposera du 1er avril au 30 juin 2015 à Bergerac au Rocksane..
crédit photos : Dorvan Création Photographie et Daniël Besombes
Ariane Lumen : Création d'Electrons Libres (en collection privée)